Nos élèves ont du talent. Mais, que sont devenus nos « anciens »?

« … Vous dire comme on l’aime, cette école!… »

« Je dois certainement avouer que l’ARF m’a apporté une certaine ouverture d’esprit qu’il reste rare de trouver ailleurs. L’esprit familial, l’esprit sans barrière, sans jugement, l’écoute et la disponibilité des professeurs sont autant de qualités qui permettent de conduire les étudiants vers leur voie. Sans esprit de compétition, sans esprit de lutte à l’excellence… »

C’est en ces termes laudatifs que s’exprime Maître Bastien Lombaerd, aujourd’hui avocat-stagiaire du Barreau de Namur, lorsqu’il évoque « son » école, la nôtre, qu’il quitta en juin 2013.

Nous vous proposons un entretien tout empreint d’humanité, de belles anecdotes, d’humilité et de réussite, avec cet ancien élève au parcours riche et très prometteur. Bravo!

Bastien Lombaerd (BL): – J’ai aujourd’hui vingt-cinq ans. J’ai fréquenté l’ARF durant la totalité de mon enfance puisque j’y suis entré en maternelle… et que j’en suis sorti avec le CESS en poche ! Cette école, par ailleurs, je la connais par cœur, étant entendu que ma sœur (de trois ans mon aînée) y a été également scolarisée et que notre maman y a passé toutes ses années scolaires aussi. C’est vous dire si on l’aime, cette école. 

ARFD: – Quelles études avez-vous effectué? A quelle époque étiez-vous en notre établissement?

BL: – J’ai été diplômé de l’Athénée Royal de Florennes en juin 2013 et j’ai entamé en septembre de la même année un bachelier en droit à l’Université Libre de Bruxelles. J’ai ensuite poursuivi avec un mastère en droit au sein du même établissement. Et je suis actuellement avocat-stagiaire à Namur.

ARFD: – De quels professeurs vous souvenez-vous plus particulièrement? Quels sont les cours que vous préfériez?

BL: – Il n’y a pas un professeur que j’ai oublié. Je me rappelle autant de Madame Anne Jacquemart, professeure de latin, aujourd’hui décédée, qui s’évertuait à nous faire découvrir cette langue qu’on rapportait à Astérix et Obélix (« Roma Caput Mundi ») ; que de Madame Marie Ledoux, professeure d’anglais, qui éprouvait beaucoup de peine à nous entendre réciter nos petites actualités avec un accent bien trop florennois. Je me souviens de Mesdames Meunier, Jacquet, Hennin et Sirjacques, professeures de français ; de Madame Hamoir, Messieurs Pauwels et Richir, professeurs de mathématiques. Je me souviens aussi de Mister Hoyal (for sure !), de Monsieur François ou Madame Vassaux. Sans oublier Monsieur le Préfet, Jacques Séché, ou les éducatrices. Je me souviens d’une certaine Dominique au secrétariat. Et encore de Messieurs Ledon et Georges en éducation physique et Madame Bott en anglais, néerlandais et allemand.

ARFD: – Quels sont les auteurs que vous appréciez toujours et que notre établissement vous a permis de découvrir? 

BL: – Je me rappelle d’une aventure qui m’avait parue extraordinaire. Madame Meunier nous donnait cours de français en quatrième, cinquième et sixième année. Elle nous fit lire un jour un roman de la talentueuse romancière belge, Amélie Nothomb (dans mon souvenir, « Une forme de vie »). L’histoire racontait l’envoi d’une lettre mystérieuse à un militaire basé à Bagdad. (Je vous le conseille !). Il s’avère que je connaissais cette écrivaine sans vraiment m’y être intéressé. Mais pour l’occasion, en vue du contrôle qui nous attendait, je m’étais renseigné jusqu’à regarder de nombreuses interviews d’elle sur Youtube et ce, pendant des nuits entières. J’avais entendu dire qu’elle répondait à toutes les lettres qu’on lui adressait. J’en avais parlé à Madame Meunier qui eut alors l’idée de nous faire écrire une lettre qu’on signerait tous et qu’elle lui enverrait. Il n’a pas fallu attendre longtemps avant de lire sa réponse. Et depuis ce jour, je corresponds avec Amélie Nothomb presque chaque année. Et elle se souvient encore de « la classe de quatrième de Madame Meunier, de l’Athénée de Florennes ». Si, si !

ARFD: – Y a-t-il un cours que vous auriez volontiers supprimé de votre horaire? 

BL: – Sous l’angle du cours dans lequel je n’excellais pas, parce que je n’avais aucune affinité avec lui, je dois vous répondre : les mathématiques. (Monsieur Richir vous le confirmera sans doute…).

ARFD: – Quelle est votre profession actuelle, au plan pratique? En quoi consiste votre travail? En outre; vous oeuvrez au sein du CPAS de Florennes (expliquez SVP).

BL: – En octobre 2018, je me suis présenté aux élections communales de la ville de Florennes. Mon résultat m’a permis de siéger au sein du Conseil de l’Action Sociale (CPAS) de Florennes. Je fais donc partie de cet organe chargé de prendre des décisions relatives à la vie du CPAS (la gestion de la maison de repos, la gestion des finances du CPAS, les engagements, …) et des décisions plus sociales, directement liées à la vie des concitoyens (octroi des aides sociales, mise en place d’article 60, …).

Ensuite, je suis avocat-stagiaire depuis septembre 2019 au sein d’un cabinet d’avocats à Namur. J’ai la chance, par ailleurs, d’avoir été désigné par mes confrères en qualité de délégué des avocats-stagiaires du Barreau de Namur.

ARFD: – A quel moment avez-vous envisagé d’entreprendre des études d’avocat? Quel a été l’impulsion, le moment déterminant?

BL: – Je ne sais pas précisément. Je rêvais profondément d’être médecin. Et puis, l’idée a vite disparu quand je suis entré en deuxième ou troisième secondaire : j’ai compris que la science biologique et moi, ça faisait trois. Je ne sais pas vous dire comment, mais je me suis mis en tête, sans rien savoir de cette profession, que je ferais des études « d’avocat ». Ca m’est resté en tête jusqu’en rhéto. Et tout naturellement, je me suis inscrit en faculté de droit à l’ULB. J’ai hésité, quelques fois, à arrêter pour entamer des études en philosophie, mais aujourd’hui, je ne regrette rien.

ARFD: – Le vocable « Justice »… C’est un mot qui vous faisait vibrer, alors, lorsque vous étiez étudiant en notre établissement?

BL: – Je dois certainement avouer que l’ARF m’a apporté une certaine ouverture d’esprit qu’il reste rare de trouver ailleurs. L’esprit familial, l’esprit sans barrière, sans jugement, l’écoute et la disponibilité des professeurs sont autant de qualités qui permettent de conduire les étudiants vers leur voie. Sans esprit de compétition, sans esprit de lutte à l’excellence. Il y celle qui voulait être fermière, l’autre qui voulait faire vétérinaire, un autre qui voulait être programmateur de jeux, … On a tous été accompagnés vers nos choix, sans jugement. D’ailleurs, heureusement que mes professeurs de mathématiques ont souvent pris en balance le fait que je n’aurais jamais de calculs de cosinus à résoudre en droit. (Bien que tout récemment, on a dû expliquer au Tribunal le calcul de l’hypoténuse pour prouver l’innocence de notre client dans un accident d’engin de construction…).

Je crois aussi que j’ai toujours cherché à m’investir pour la cause des autres. A l’ARF, j’ai été délégué de ma classe chaque année sans exception. J’ai même fait partie de conseil de participation, en qualité de délégué des délégués. Nous n’avions pas grand-chose à dire, il faut l’avouer, mais l’intention était déjà là de faire participer les élèves à la vie et aux décisions de l’école.

Enfin, je suis quelqu’un de par nature révolté par les injustices. C’est « bateau » de le dire, mais c’est ma maman qui me l’a fait remarquer un jour. Et ma grand-mère aussi qui, visiblement, disait à ses voisines que je serais avocat plus tard alors que je n’avais que six ou sept ans. Elle n’était malheureusement déjà plus de ce monde quand je suis entré à l’université.

ARFD: – Vous souvenez-vous d’ailleurs d’une activité pédagogique qui aurait été organisée par l’école, en liaison directe avec le fonctionnement de la justice?   

  • Malheureusement non, mais si une telle envie venait à naître aujourd’hui, je suis disposé à participer à son organisation ! Haha. Je crois simplement que la « justice » n’a pas le côté « sexy » que peuvent avoir les sciences moléculaires ou le football. Et je crois que la figure même de l’avocat fait parfois peur étant bien trop souvent liée à des évènements qu’on essaye de rapidement oublier : un divorce, un accident, une infraction… bref, un problème.

ARFD: – Vous disposez actuellement de votre propre cabinet, dans la région de Florennes? Quelles sont vos matières de prédilection?  

  • Je travaille au sein d’un cabinet d’avocats à Namur, le temps de réaliser mon stage qui doit durer trois ans. J’en suis presqu’à la moitié. Nous sommes, depuis cette année, onze avocats à travailler au même endroit, tous dans des matières un peu différente. C’est très enrichissant.

Comme avocat, mes domaines de prédilection sont le droit pénal et le droit de la responsabilité civile (notamment, l’indemnisation des préjudices corporels). Je pourrais vous en parler des heures et des nuits entières tellement ces deux matières me passionnent. Mon maître de stage est plutôt « généraliste » et intervient dans plusieurs domaines juridiques dont celui des entreprises en difficulté. Il est curateur de faillites. Je développe donc une certaine expérience également dans ce genre de dossiers.

ARFD: – Votre parcours en notre école vous a-t-il aidé dans l’apprentissage de votre métier, dans l’acquisition d’aptitudes professionnelles spécifiques? 

BL: – Je ne sais plus qui disait « les meilleurs professeurs sont ceux qui savent se transformer en ponts, et qui invitent leurs élèves à les franchir », mais il avait raison. Vous savez, quand je suis arrivé à l’ULB, dans cet auditoire de plus de neuf cent élèves, je venais d’une classe de rhéto où l’on était une petite dizaine. Je venais de l’ARF où j’assistais seul au cours de « biology » (j’avais choisi l’option immersion en anglais) ou au cours d’allemand donné par Madame Bott (je tiens beaucoup à la citer <3 !). Et puis, deux mois plus tard, je me suis retrouvé dans un tel auditoire. Il faut avoir eu d’excellents professeurs pour avancer sans stress et continuer à croire dans sa voie…

J’ai surtout appris à oser m’aventurer, à continuer de croire et à avancer sans jugement. Et ces qualités acquises me servent quotidiennement.

ARFD: – Etes-vous entouré d’autres collègues (en temps normal, hors Covid 19), est-ce difficile de s’intégrer dans une équipe? 

BL: – De manière générale, j’ai l’impression que la profession d’avocat est une profession solitaire. Du moins, c’est que je pense si l’on part du principe que l’avocat travaille seul, dans son cabinet. Mais j’ai la chance de travailler dans un cabinet empli de onze confrères et d’une secrétaire et donc, de douze personnalités distinctes. Une équipe, finalement, de douze personnes, avec qui on partage quotidiennement. Ca a été très facile de s’acclimater à cette ambiance. Et puis, il y a tous les confrères qu’on retrouve aux audiences et avec qui on prend le temps de boire un café au « Foyer culturel », le repère des avocats namurois (entendez : la cafétéria du Palais de Justice de Namur).

ARFD: – Etes-vous heureux dans l’exercice de votre  profession? 

BL: – Je ne pourrais pas plus l’être, et j’espère que cela se ressent. Chaque matin est différent, avec certaines difficultés, mais qui sont vite contournées grâce à la vision très humaine et sociale de cette profession. Du moins, c’est avec humanité et écoute que j’essaye de faire au mieux mon travail. C’est une profession qui ne cesse d’évoluer et dans un certain sens, qui nous fait évoluer. 

ARFD: – Vous souvenez-vous de bons conseils qui vous auraient, alors, été prodigués par d’anciens professeurs de l’Athénée?  

BL: – Cela ne m’a jamais été dit, mais je l’ai ressenti : croire en son projet, en son devenir et foncer. Foncer avec rigueur et pragmatisme, mais tenter de percer dans sa voie. Je n’ai jamais ressenti qu’on me repoussait, qu’on me limitait. Au contraire, je trouve qu’on a tous été encadré pour atteindre l’objectif qu’on souhaitait atteindre. Ceux qui voulaient faire polytechnique avaient des exercices adaptés, ceux qui auraient des statistiques avaient les bases nécessaires, et puis celui qui voulait faire autre chose était compris aussi. En français, on a eu la chance, avec Madame Meunier, d’acquérir une culture générale indicible : la musique, l’art, le théâtre, la littérature, la politique, … C’est inimaginable ce qu’elle nous a appris en trois années. Elle ne donne plus cours aujourd’hui, mais je suis certain qu’elle y a laissé ses traces. 

ARFD: –  Quelles sont, selon vous, vos principales qualités professionnelles? (Celles que votre clientèle apprécient le plus en vous). 

BL: – Je dirais mon écoute. C’est ce que m’a encore dit lundi soir un client qui a débarqué en urgence pour une question plutôt philosophique, voire morale que juridique. Il m’a dit qu’il avait eu affaire à pas mal d’avocats, et qu’il constatait que les avocats ne prenaient pas le temps d’ « écouter » leurs clients. Je pense que notre profession doit beaucoup à la psychologie et au social. On a une importance capitale dans un moment bien précis d’une vie. Je le ressens chaque fois que je me rends en prison. Quels mots prononcer à un type comme vous que rien ne prédestinait à se retrouver enfermé, et qui vous demande « pour combien de temps j’en ai ? » ou qui sollicite votre intervention pour le « faire sortir d’ici ». Et puis, comment traiter ces gens qui ont bien souvent commis le pire  et qui attendent votre intervention presque « divine » ? Je les écoute beaucoup… et, évidemment, je ne les juge pas, ce n’est pas mon rôle.

ARFD: – Est-ce qu’il vous arrive de recommander notre établissement à des jeunes qui recherchent une école pour y effectuer leurs études?

BL: – Oui. Et je le recommande à quiconque qui serait amené à se questionner sur un tel choix. On disait à mon époque que l’ARF était « l’école où il n’y a pas de dernier banc » et cette philosophie d’esprit m’a toujours marqué. C’était vraiment ça : tous sur un point d’égalité, professeurs comme élèves. Les professeurs sont accessibles, disponibles, à l’écoute et mènent un réel travail d’éducation.

ARFD: –  Est-ce qu’il vous arrive de revenir à l’Athénée? Pour quelles occasions? 

BL: – Il m’arrive de temps en temps de repasser devant. J’apprécierais beaucoup de venir revoir ces classes qui ont marqué toute mon adolescence, de sentir l’odeur des couloirs… et refouler le sol de la salle de sport. Je n’ai malheureusement jamais eu l’opportunité, mais je passerai à l’occasion !

ARFD: – Les lieux ont-ils beaucoup changé depuis votre départ?

BL: – Je vous dirai une fois revenu ! haha.

ARFD: – Ressentez-vous une certaine fierté quant au fait d’avoir effectué vos études secondaires en notre établissement? 

BL: – Oui, inévitablement. On est qui on est devenu. Et l’ARF a joué un rôle très important dans l’être que je suis devenu. Pour rien au monde je ne voudrais avoir étudié ailleurs. J’ai ressenti cette fierté quand, dans mon groupe à l’université, j’étais le seul à citer le nom d’une école « inconnue ». On parlait de Bocktsael, de l’AR de Jette, de l’AR Jean Absil, du Collège Saint Michel… Et moi, je disais avec fierté que je venais de l’AR Albert Larochette de Florennes.  « Ah oui, la base militaire ? ».

ARFD: – Quelles sont vos objectifs professionnels, à présent? 

BL: – J’aimerais beaucoup viser l’ouverture de mon propre cabinet, avec une antenne à Florennes, d’ici cinq ou dix ans. Avec une amie d’université, on a ce projet d’ouvrir un cabinet porté avant tout sur l’assistance / l’aide de la personne pour mieux la défendre. Repenser notre intervention et la recentrer sur l’humain. Cette profession est très sociale, je l’ai dit. Et je pense que certains cabinets oublient qu’au-delà d’un numéro de dossier, il y a une personne pour qui notre intervention va faire beaucoup. Les clients arrivent parfois dans un sale état, ils ne dorment plus, autant pour un problème locatif que pour un détenu… Ils sont détruits par une situation qu’ils traversent. Nous sommes là pour la régler, pour les soulager.

ARFD: – Peut-être un mot sur les choses que vous aimez accomplir, en dehors du boulot. 

BL: -J’ai déjà écrit un premier roman et je suis actuellement occupé à rédiger des petits « pamphlets » sur mon expérience professionnelle d’avocat-stagiaire. C’est un projet que j’aimerais mener à terme… d’ici peu ! Sinon, j’aimerais débuter la poterie. Et si j’avais un peu de temps… me remettre au tennis… et puis lire, lire beaucoup !