Natif du Hainaut occidental, de Flobecq (tout près de Renaix),
André Bouchez a grandi à Florennes et a accompli ses études
primaires et secondaires en notre établissement, dont il fut,
pendant plusieurs années, Président de l’Amicale.

André Bouchez (AB): – Je suis vétérinaire-inséminateur au Centre
d’insémination artificielle de Ciney. J’ai fait toutes mes études à l’Athénée Royal
de Florennes. J’y suis entré à deux ans et demi, j’en suis sorti à 18 ans. Cette
école représente beaucoup pour moi. En effet, mon papa y était professeur. A
l’époque, comme dans beaucoup de familles, il était le seul à faire bouillir la
marmite. Donc, il nous a permis, à mon frère, à ma sœur et à moi, de faire
toute notre scolarité dans de bonnes conditions. Et de faire des études
universitaires. Mes enfants ont été aussi à l’Athénée. Nous avons un profond
attachement familial à cet établissement. J’étais inscrit en latin-maths. Par
boutade, je dis que je suis sorti avant-dernier, en rhéto, mais… Nous n’étions
que deux élèves, dans cette section, Thierry Graas et moi. Par la suite, je suis
entré à l’Université de Liège. J’ai fait ma première candi à Liège. Puis, mes cinq
autres années à Curegem, à ce qu’on appelait alors « l’école vétérinaire », qui
maintenant n’existe plus, puisque toute la médecine vétérinaire est revenue à
Liège.

ARFD: – Vous soulignez le fait peu banal que plusieurs générations de la famille
Bouchez sont passées par l’Athénée Royal de Florennes…

AB: – L’école a été la mère nourricière de mon papa. Mes parents ont fait un
certain sacrifice financier pour que leurs enfants puissent accomplir des études
universitaires.

ARFD: – Que pensez-vous de la présente démarche qui consiste à recueillir des
témoignages auprès de nos anciens élèves?

AB: – Elle m’a surpris. Mais, quelque part, je peux dire que, peut-être
inconsciemment, je l’attendais. Du fait, justement, de mon attachement à
l’école, j’en reviens d’ailleurs toujours à cet aspect-là des choses. A posteriori,
même maintenant encore, x décennies après, comment est-ce que je pourrais
rendre hommage à l’école qui m’a permis de devenir ce que je suis
actuellement? Et notre entretien est vraiment la concrétisation d’un parcours
que je ponctue, aujourd’hui, par la reconnaissance que je peux apporter à
l’école, en disant combien j’ai été heureux d’y faire mes études et heureux d’y
apprendre plein de choses. J’y ai côtoyé plein de professeurs motivés, qui
m’ont permis de me forger sur le plan intellectuel et de me permettre, par la
suite, de mener à bien mes études universitaires, grâce à l’esprit qu’on m’avait
inculqué à l’école.

ARFD: – Pour l’anecdote, votre fille est enseignante au sein de notre
établissement…

AB: – Absolument. C’est vraiment la lignée qui continue. Ma fille, Sandrine, est
institutrice sur l’implantation de Mazée. Et elle se plaît très bien. Elle a
enseigné durant quelques années, à Doische, avant d’être envoyée à Mazée.
C’est un petit peu plus loin, guère… Elle ne veut même plus revenir à Doische.
Elle se plaît très bien à Mazée. Elle a fait son petit nid là-bas.

ARFD: – Vous n’avez pas enseigné au sein de notre établissement mais,
toutefois, vous y avez travaillé…

AB: – Oui, dans le sens où, après mes études, dans les années nonante, on m’a
proposé de devenir président de l’Amicale de l’Athénée de Florennes
(« L’Association des anciens et amis », dénomination de l’époque). J’avais été
flatté de cette demande qui m’avait été faite. J’avais répondu « oui (!) », sans
hésiter. J’ai occupé la fonction de Président pendant plusieurs années (entre 10
et 15 ans). Cela m’a procuré de la joie de retrouver des lieux qui avaient quand
même changé. En effet, lorsque j’étais à l’école primaire, on avait cours dans
des baraquements sur pilotis, qui étaient tout à fait inconfortables. On avait
très chaud en été et très froid en hiver… Je n’étais plus venu à l’Athénée depuis 1972.
Je l’ai retrouvé fin des années nonante… Sur le plan architectural, cela
avait pas mal changé. Tous les vieux bâtiments avaient été rasés. L’école était
moderne, confortable. C’était une joie, vraiment, de retrouver une école
« reliftée », rajeunie.

« Une vraie success story » de talents (!)

AB: – J’ai toujours trouvé injuste que cette école soit un peu mise de côté, dans
la région, et critiquée, de manière tout à fait injustifiée. On dirait, dans le
jargon actuel, que ce sont des « fake news ». Dans les années que j’ai connues,
pas mal d’anciens de Florennes sont devenus avocats, professeurs, ingénieurs,
médecins… Une mauvaise école ne va jamais engendrer autant de matière
grise, bien qu’il n’y a pas que cela dans la vie.

ARFD: – Comment redorer le blason de notre établissement?

AB: – Il doit se faire connaître davantage, être davantage médiatisé. Ce ne sont
pas les moyens qui manquent pour ce faire. Il importe également de redonner
de la cohésion au niveau du personnel, car j’ai parfois assisté à des petits
conflits tout à fait stériles entre enseignants ou membres qui ne se
supportaient pas trop. Or, je pense que ceci est extrêmement préjudiciable à
une école ou à un établissement, quel qu’il soit. Donc, il importe de redonner
une sorte d’identité, de culture d’entreprise au sein du personnel. Je pense que
ce serait une très bonne chose.

Amoureux de son professeur de français…

ARFD: – Des professeurs t’ont-ils marqué tout particulièrement, pendant tes
études chez nous?

AB: – Le premier que je vais citer, c’est mon papa, Lucien Bouchez, qui a
toujours donné cours en costume cravate. Parce que je l’ai eu comme
professeur pendant quatre ans. Lors du premier cours de sciences avec lui, j’ai
eu un pincement au cœur… Les condisciples se moquaient de moi et me
demandaient déjà les questions de l’examen de sciences. Si j’avais été
malhonnête, j’aurais pu… Mais, mon papa avait une confiance inouïe en moi. Ils
préparaient ses questions d’examen dans le living… J’aurais pu aller voir les
questions… Mais, cela ne m’intéressait pas.
D’autres professeurs m’ont marqué… Mme Herbecq (dessin), M. Gentil
(néerlandais), M. Moutquin (anglais 2 ème langue), M. Eloi (latin), l’abbé
Bontemps (religion), M. Fonteyn (maths) et Mme Claire Tasiaux (français), avec
une mention spéciale pour elle car j’en étais amoureux. Je n’ai que de bons
souvenirs des professeurs qui m’ont donné cours.


A la guitare ou à la contrebasse…


AB: – Mes premiers souvenirs musicaux remontent à l’époque de l’Athénée,
bien que je chantais déjà, depuis quelques années, dans la chorale de l’église.

J’aimais beaucoup la polyphonie, le fait de chanter ensemble. Dès l’âge de 12
ans, j’ai appris le piano. A l’époque, il n’y avait pas d’académie de musique.
Mais, mes parents m’ont permis d’apprendre le piano à domicile, avant de
m’inscrire au conservatoire de Charleroi. En outre, à l’âge de 15 ans, je me suis
offert une guitare. Avec mes connaissances de solfège et d’harmonie du piano,
j’ai très vite compris comment fonctionnaient les accords à la guitare, en me
débrouillant tout seul.
A la fin de mes humanités, avec notre professeur de religion – l’Abbé Bontemps
– nous avons organisé quelques messes chantées, accompagnées à la guitare.
Puis, à l’université, nous avons monté un petit groupe de rock. On animait,
notamment, les fins d’années, ce qu’on appelait nos « souper boudin », où on
brocardait les professeurs, on faisait des chansons sur eux, très gentiment. Les
profs dont on ne parlait pas s’étonnaient que l’on n’ait pas écrit de chansons
sur eux. Plus tard, j’ai fait partie de plusieurs big bands, en tant que bassiste.
C’est ce que j’adore faire car la basse et la batterie sont le moteur d’un big
band, ce sont eux qui tirent l’ensemble. Actuellement, je fais toujours partie du
big band de Saint-Aubain et j’ai repris des cours de guitare basse, voici 4 ans, à
l’académie d’Auvelais avec un excellent professeur, Jacques Pili, bassiste qui a
joué avec Michel Fugain, avec Maurane et pour l’émission The Voice. Enfin,
André Bouchez a fondé le groupe de rock Arpèg, avec son frère. Un nom qui
reprend les initiales de tous nos prénoms: André, Richard, Pascal, Eddy et Guy.
Nous aimons nous retrouver dans le cadre de petites fêtes entre nous et nous
avons joué en premières parties d’artistes comme Machiavel ou BG Scott.

« Madame Paligot a accepté d’ouvrir les portes de l’Athénée à
l’Académie de musique… »

AB: – Je suis toujours heureux de retourner dans les locaux de l’Athénée de
Florennes, d’autant que, depuis cette année, la Préfète des études, Madame
Paligot, a accepté d’ouvrir ses portes à l’Académie de musique de Florennes qui
occupait des bâtiments vétustes et quasi insalubres. Plusieurs cours sont
dispensés dans mon ancienne école. C’est très important de le souligner. Je suis
vraiment content de cette initiative. Je souligne le fait que le bâtiment a été
très bien modernisé. Je tire mon chapeau à Madame la Préfète. Elle a proposé
d’occuper ces locaux inoccupés à des gens qui en ont besoin. C’est le cas
également de la Maison des Jeunes qui a également élu domicile en l’Athénée.
Merci de ce beau geste (!).

ARFD: – Un mot pour conclure?

AB: – Pour toute entreprise, il est bon de maintenir ou d’améliorer la cohésion
entre les membres du personnel. C’est très important. De là, découleront pas
mal de choses, outre la qualité de l’enseignement.